Pour l’essentiel les graveurs ont copié assez fidèlement le numéraire qu’ils voyaient passer, dans la limite de leur compréhension, ce qui explique que dans la majorité des cas les imitations reprennent les derniers types précédant le manque de monnaies. Cependant la production est loin d’être uniforme de par sa qualité et ses représentations . Il y a d’une part de très nombreux hybrides qui posent plus de problèmes que de réponses et, par ailleurs, quelques monnaies originales, liées en partie aux cultes locaux et pour une autre part a l’inventivité de l’artiste.
Il est difficile de comprendre l’hybridation : les graveurs ont mélangé un avers et un revers de deux monnaies différentes dans la majorité des cas, un des exemples les plus spectaculaire est celui de la monnaie présentant à l’avers le buste radié d’un empereur du IIIème siècle et au revers une scène contemporaine, il y a des cas plus proches d’avers et de revers éloignés de quelques années jusqu'à une dizaine, d’autres de mélanges de monnaies contemporaines (VRBS ROMA / CONSTANTINOPOLIS par exemple)… J’ai l’impression que ceux qui préparaient les coins avaient devant eux tout l’éventail des monnaies en circulation au moment où ils les imitaient et qu’ils choisissaient délibérément de mélanger leurs légendes, les bustes et les revers.
Pourquoi n’avoir tout simplement pas pris une monnaie et copié scrupuleusement comme cela s’est fait dans la majorité des cas ? J’émet plusieurs hypothèses qui peuvent se compléter les unes les autres, les solutions a ce problème ne devant pas être uniques : la première est que le graveur préparait au départ 2 coins un d’avers et un de revers d’une monnaie de circulation et que lorsqu’un des deux était trop usé ou cassé il faisait un autre coin avec le motif d’avers ou de revers d’une monnaie qui lui passait entre les mains : cette hypothèse présente des faiblesses notamment quand l’hybridation porte sur les légendes et que les figures avers/revers sont respectées ; certainement que plusieurs coins étaient préparés par plusieurs graveurs et qu’il suffisait ensuite de relier un avers buste et un revers scène sans qu’il soit utile d’en vérifier la pertinence, ce qui explique la différence de style qu’il y a parfois entre les 2 faces d’une même monnaie ; il y avait peut être volonté d’échapper à l’accusation de faire du faux en créant des types originaux mais il semble que la loi romaine ne soit pas contraignante quand aux fabricants de ce genre de numéraire en période de crise.
Reste a comprendre l’hybridation qui a lieu sur une des 2 face comme un portrait de césar avec légende de l’auguste, un personnage dans une attitude qui ne se retrouve pas sur le type imité mais sur un type antérieur …. Là il y a de quoi rester perplexe, peut être que le graveur faisait des coins différents à la chaîne et se mélangeait les idées et donc les dessins, dans quelques cas il y a peut être eu plusieurs graveurs sur un coin, l’un faisant les légendes et l’autre la dessin. Vu le coût, l’investissement en travail et l’urgence il ne devait guère y avoir de repentir en cas de ratage.
L’essentiel est que le numéraire ressemble au numéraire officiel et soit donc et soit accepté comme monnaie même si l’utilisateur ne pouvait être dupe du moindre poids de cette production (la plupart des trésors ne renferment d’ailleurs que peu d’imitations car elles sont plus légères que les monnaies officielles et intéressent peu l’épargnant sauf a ce qu’elles ne soient que le type le plus lourd et/ ou le plus abondant au moment de la formation du dépôt).