Emblémiste et IOVI m’ont devancé en évoquant la culture Nabatéenne et Pétra alors que j’avais prévu un petit topo là-dessus.
Qui n’a pas comme moi gardé une âme d’enfant à voir Indiana Jones dans les ruines de la fabuleuse cité et plus sérieusement les relativement nombreux documentaires sur celle-ci ?
En 1812, l’explorateur suisse Johann Ludwig Burckhardt redécouvre Pétra pour les occidentaux mais peu satisfait de l’intérêt de celle-ci, il décide de se consacrer à son but initial, non moins palpitant à l’époque des explorations géographiques : trouver les sources du fleuve Niger…
Les Nabatéens ne sont pas inclus dans les tribus des généalogies arabes car leur royaume s’éteignit longtemps avant l‘émergence de l’Islam.
Au VIIe s. avant notre ère, un de leurs premiers chefs, Natun, fut vaincu par Assurbanipal.
Probablement poussés au VIe ou Ve s. avant notre ère par d’autre tribus arabes quittant le désert, ils s’établirent à l’est du rift Syro-Africain entre la Mer Morte et la Mer Rouge, territoire auparavant occupé par le royaume d’Edom, la signification du nom de celui-ci (rouge) étant due à la couleur dominante des roches de la région.
Il y a peu d’autres témoignages jusqu’aux conquêtes d’Alexandre le Grand : ils étaient géographiquement hors d’atteinte des Diadoques et de leurs successeurs, se « contentant » de faire du brigandage, puis du commerce (ils sont connus pour leur poteries) jusqu’à protéger, ravitailler en eau ou taxer les riches caravanes (myrrhe, épices, aromates, bitume, bois précieux, animaux rares, etc...) jusque Tyr, l’Egypte, la Mésopotamie ou le Golfe Persique.
En 312, cependant, Antigonos Monophtalmos (382-301 avant notre ère) tente de soumettre Pétra par surprise, en l’absence des Nabatéens valides partis pour une foire. Ces derniers rattraperont les Antigonides sur le chemin de leur retour et en feront un massacre. Une deuxième expédition, initiée par le successeur d’Antigonos, Démetrios Poliorcetès, échouera également.
Vers la fin du IVe s. jusqu’au début du IIe s. av. J.-C. ils semblent totalement indépendants malgré la domination régionale des Ptolémée qu’ils repoussent même à la fin du IIIe s. vers le Sud en soutenant Antiochos III.
Entre -93 et -90, leur roi Obodas Ier bat Alexandre Jannée, mettant ainsi fin aux visions expansionnistes des Hasmonéens, conquiert les pays de moab et de Galaad à l’Est du Jourdain, conquêtes qu’il reperdra malgré une nouvelle victoire en -82. En – 85, Obodas Ier bat Antiochos XII qui est tué au combat.
Aretas III étend le royaume jusqu’à Damas, provoquant la réaction romaine que relate précisément IOVI ici :
http://www.forumfw.com/monnaies-de-la-republique-romaine-f5/les-secrets-des-deniers-republicains-t2098-75.htm .
Toutefois, les rois Malichos Ier et Obodas III font échouer de – 60 à -9 plusieurs expéditions romaines vers la mythique et surtout si riche Arabie Heureuse (Arabia Felix). Leur successeur, Aretas IV, qui règnera de – 9 à 40 obtiendra difficilement qu’Auguste le laisse en paix. C’est sous son règne que le monnayage Nabatéen atteint son apogée (les rois et reines ont d’ailleurs été authentifiés grâce à leur monnayage d’argent et de bronze).
La culture Nabatéenne est connue grâce aussi aux milliers d’inscriptions laissées, témoignant d’un bon degré d’alphabétisation. Les Nabatéens appelaient leur capitale Reqem ou Reqmu, « La Bariolée » en référence à la couleur des roches environnantes. Petra Hadriana ne deviendra son nom qu’en 131 lors d’un des célèbres voyages de l’Empereur romain Hadrien. Située à mi-chemin du Golfe d’Aqaba et de la Mer Morte, « Petra » est remarquable sinon par la beauté du site (que nous confirmera Emblémiste) mais aussi par son ingénieux système de collecte, de stockage et de distribution d’eau. Autonome jusqu’au règne de Trajan (conquise de facto en 106 faute de successeur à la dynastie), elle continue de rayonner et de s’étendre rapidement sous la domination romaine même si le commerce caravanier tend à s’étioler. Vers le VIIe s. en effet, la modification des routes commerciales et de nombreux séismes entrainent l’abandon progressif du site.

L’alphabet Nabatéen dérive de l’alphabet araméen mais la langue est fortement influencée par les dialectes arabes des peuples environnants. Les alphabets Arabe et Hébreux puisent leurs origines dans la forme cursive du Nabatéen du Ve s. Le Nabatéen se lit aussi bien de droite à gauche que l’inverse.
Récemment, j’ai eu l’opportunité de « rentrer » dans ma collection un petit bronze de 18 mm pesant 4,10 g pour Aretas IV, contemporain d’Auguste, d'Hérode le Grand et d'un certain homme nommé Jésus donc, que voici :
Cette monnaie est très commune car le monnayage d’Aretas IV est abondant et parmi celui-ci cette monnaie est la plus courante. On y voit représentés à l’avers les bustes jumelés du roi Aretas IV et de sa seconde épouse Shuqailath, le roi lauré portant de longs cheveux, et au revers deux cornes d’abondance entrecroisées, avec l’inscription sur trois lignes Aretas / Shuqai / lath.
Sur une variante antérieure (plus lourde) de cette unité de bronze figure une inscription au dessus du couple royal d'un mot qui regroupe les nuances d'unité, d'union et de paix. Michel Moreaux retient dans "Le Monnayage des Nabatéens et les monnaies de Pétra après la conquête du pays par Trajan", Marcinelle, Belgique, 1997, auto-édité, l'idée de CONCORDIA des souverains que l'on retrouvera plus tard sur nos chères romaines.