Monnaies de l'antiquité
 
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 Étude de deux séries archaïques d'Éphèse

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Zafeu
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MessageSujet: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeJeu 16 Jan - 20:40

Voici une petite étude que j'avais "commise" en 2004 sur des proto-monnaies ioniennes en électrum, dont j'avais acquis à l'époque une dizaine d'exemplaires.
Je pense qu'elle est tout à fait discutable, en particulier au regard des études ultérieures (je ne m'y suis pas ré-intéressé depuis).
Je la soumets donc à votre active critique ! Je n'ai pas inclus ici les annexes, qui comportaient en particulier le détail des études de poids.

Cette étude porte:

1- sur la série "géométrique":
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Photo_10

2- sur la série "abeille archaïque":
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Photo_11

LE TRESOR GEOMETRIQUE
______________


Dans les années 90, un trésor fut découvert, peut-être dans la région d’Ephèse [1]. Composé principalement de la série dite géométrique, connue à quelques exemplaires seulement à la fin des années 80 [2], ce trésor nous permet d’améliorer notablement nos connaissances sur cette émission, en dépit de la non déclaration de son invention aux autorités, suivie de sa dispersion dans le réseau commercial numismatique mondial.

Il est difficile d’établir avec certitude sa composition, ce qui est fréquent dans de telles circonstances.

Une source [4] fait état de 188 pièces, dont 156 de la série géométrique et 12 d’une série que nous appellerons abeille archaïque (traitée au § 2), réparties selon le tableau 1.
Une autre source [1] a examiné personnellement près de 80 exemplaires de la série géométrique, répartis approximativement selon les proportions du tableau 2. Elle en a vendu 15, et pense que le trésor en contenait environ 105, dont d’autres types.
Une troisième (Tom VOSSEN) nous avance le chiffre d’environ 90 au total.

Nous utilisons dans ce qui suit les dénominations suivantes pour les différentes divisions du statère :
- trité = 1/3
- hecté = 1/6
- hemihecton (neutre, pl. hemihecta) = 1/12
- quart d’hecté = 1/24ème
- huitième d'hecté = 1/48ème .

TABLEAU 1

série géométrique: 1 statère, 51 trités, 32 hectés, 52 hemihectéa, 17 quarts d'hectés et 3 huitièmes d'hectés        
abeille archaïque: 12 exemplaires de dénomination non précisée. Nous savons qu'il en existe au moins 2 : trité et hémihecton ([6] # 704 & 705)                 
droit lisse: 2 trités, 5 hectés et 2 hemihecta                          2        5            2
Autres types: 7 petites dénominations, 3 dénominations inconnues, et un 1/10ème de statère (?) lisse


TABLEAU 2

trités: 20%
hectés: 20%
hemihecta: 50%
quarts d'hectés: 10%

La précision des chiffres, leur apparente exhaustivité (dans toutes les dénominations et types) et la quantité globale supérieure aux autres sources nous laissent à penser que le tableau 1 est le plus crédible. De plus, elle correspond sensiblement, en terme de proportions relatives des 3 dénominations les moins rares, aux quantités des exemplaires que nous avons pu repérer dans le commerce et les collections publiées (voir annexe 2 – table 7).
Il fait apparaître une rareté plus grande des petites dénominations, ce qui est régulièrement constaté dans les trésors archaïques : la thésaurisation portait préférentiellement sur les dénominations les plus importantes.

Toutefois, et pour la même raison, l’unicité du statère mérite d’être soulignée. Elle peut être rapprochée de l’absence de découverte de statère dans les premières émissions lydiennes émises à Sardes ( [7] p. 47).


1- LA SERIE GEOMETRIQUE :

STYLE

Cette série est ainsi dénommée pour la richesse de ses motifs géométriques.

Le droit, en relief, présente une figure en étoile barrée d’une croix sur les statère, trité, hecté, et hémihecton. Celle du statère est identique à celle de l’hecté, tandis que la trité et l’hémihecton partagent le même motif. Ainsi, le motif est répété en « sautant » une dénomination à chaque fois, afin que les différences de taille et de poids permettent de les identifier aisément.
Les quarts et huitièmes d'hectés proposent quant à eux des motifs de même inspiration, mais sans étoile. La croix peut être rapprochée, sur le plan stylistique, d’un demi-statère ionien (P.C.G. I.A.2, Sear 3458).

Le revers, en creux, est constitué sur le statère ([9] p.24) de 3 empreintes : une figure à 8 traits rayonnants (soleil ? Fleur ?) sur un côté, une figure abstraite (« engrenage ») au centre, et une croix matérialisant 4 secteurs, comportant chacun un point en relief en son centre. Les plus petites dénominations ne comportent qu’une empreinte : combinaison de l’empreinte centrale du statère et la croix pointée pour sur la trité et l’hecté, et figure rayonnante pour les 3 plus petites. Ces rayons se retrouvent (en relief, cette fois) sur des émissions ultérieures d’Ephèse (SNG KAYHAN # 135 à 137).

Ces combinaisons permettent d’obtenir une série stylistiquement très homogène, tout en autorisant une identification immédiate de chaque dénomination, par combinaison des motifs, tailles et poids.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour interpréter les figures des trités et hectés : certains ont vu un arbre, d’autres une abeille stylisée (en relation avec l’abeille archaïque visible sur certaines monnaies du trésor – voir § 2) au droit, et des nids d’abeille au revers... Nous ne tenterons donc pas de rallier l’une ou l'autre de ces hypothèses, ni d’en introduire une nouvelle.

Ces styles répondent au standard de l’époque, qui identifiait une émission à la figure en creux du revers (en une, deux ou trois empreintes selon la taille du flan) : ici, seul le statère comporte plusieurs empreintes au revers.

METAL

Le Dr Lawrence ADAMS (3) a calculé la teneur en or de 17 exemplaires du trésor - prêtés par CNG - selon la méthode de la gravité spécifique (« densitométrie »).
Cette méthode comporte une certaine marge d’erreur, car elle ne tient compte ni des autres métaux présents dans l’électrum (qui n’est pas un alliage pur d’or et d’argent), ni des porosités (« bulles d’air ») contenues dans les pièces ([7] p. 85). Or, les procédés de fonte et de frappe des monnaies archaïques induisent de nombreuses porosités et micro-fissures dans le métal, ce qui nous incite à proscrire la densitométrie pour leur analyse.
Elle a toutefois permis, dans le cas d’espèce, d’établir une grande constance du mélange or-argent  (cf annexe 1 - table 1).

Une étude métallurgique de type micro-analyse à dispersion d’énergie, par microscope électronique à rayons X, a été menée sur les exemplaires de la collection de l’auteur par un laboratoire partenaire de l’Ecole des Mines de Paris. Cette méthode est d’une bien meilleure fiabilité, et permet d’approcher les valeurs des teneurs en or, argent et cuivre avec une précision de l’ordre du %. Si elle ne permet pas de compenser le phénomène d’enrichissement relatif en surface, lié au procédé de fabrication, elle autorise des analyses comparatives avec d’autres études réalisées selon la même méthode.
Plusieurs mesures ont été effectuées avec soin sur différents points de chaque exemplaire, afin d’en contrôler la représentativité. Ils font apparaître une teneur en or de l’ordre de 50%, 47 à 48% d’argent, et 2 à 3% de cuivre.

Il est intéressant de rapprocher ces valeurs de celles établies par BOLIN ([7] p. 85) à partir de 19 trités de la série à la tête de lion à droite émise en Lydie, à Sardes au VIème siècle : son étude fait apparaître un % d’or variant de 54,9 à 31, soit une fourchette très supérieure à la nôtre, alors que les poids de cette dénomination, établis sur une population de 61 exemplaires, sont remarquablement proches : 4,76 à 4,38 g, et même 4,73 à 4,64 g pour les 50 ex. les plus proches.
Toutefois, l’analyse métallurgique fut réalisée par densitométrie, ce qui relativise la fiabilité de ces résultats.

Il fait par ailleurs à remarquer que :

- l’alliage naturel d’électrum actuel, de diverses provenances, présente généralement une proportion d’or supérieure à 60% (valeur basse observée sur un échantillon de Round Montain au Névada) ;
- Hérodote (I, 50) décrit les blocs en or pur et en or « blanc » (électrum) offerts par Crésus à Delphes : ses indications de valeurs relatives conduisent à une proportion de 71% d’or pur dans l’or « blanc » ;
- la séparation de l’or et de l’argent était pratiquée depuis des siècles en Egypte et à Chypre, contrées avec lesquelles les marchands ioniens étaient en contact régulier.

Il en déduit que l’alliage d’électrum des monnaies lydiennes était artificiel.
Cette hypothèse est confortée par une analyse métallurgique récente ([7] p. 91) de 7 trités d’électrum lydiennes à la tête de lion : conduite avec un soin extrême, selon 2 méthodes se contrôlant l’une l’autre, elle fait apparaître une proportion d‘or relativement stable, de l’ordre de 54%, soit en haut de la fourchette établie par BOLIN et à peine supérieure aux 50% de la série géométrique.
Si l’on rapproche cette valeur de celles calculées dans des échantillons provenant actuellement du fleuve Pactole, dont la proportion d’or s’établit entre 65 et 85% avec une forte dispersion ([7] p. 93), on peut conclure que l’émission d’une monnaie à proportion d’or peu variable, et inférieure à celle de l’électrum naturel, supposait :

- soit une bonne connaissance de moyens d’analyse de l’électrum naturel (pierre de touche ?), auquel on aurait adjoint de l’argent en proportion adaptée ;
- soit la séparation de l’or et de l’argent, afin de les allier à nouveau pour le monnayage.
- soit l’utilisation d’un unique lot d’électrum naturel pour toute l’émission, allié à une quantité donnée d’argent (dépendante ou non du titre en or de l’électrum utilisé).

Hérodote (III, 95) signale qu’à l’époque de Darius, le rapport des valeurs relatives de l’argent et de l’or était de 1 à 13.
G. Le Rider ([7] p. 94) fait alors le calcul suivant : pour qu’un créséide d’or de 10,7 g soit admis par les lydiens de l’époque comme l’équivalent du statère d’électrum de 14 g, il fallait que l’alliage d’électrum soit réputé contenir un peu plus de 70% d’or. Cette valeur est cohérente avec celle établie d’après Hérodote pour l’or « blanc », et les analyses de l’électrum naturel du Pactole.

Or, on a vu que l’électrum monnayé contient une proportion d’or inférieure aux valeurs de l’électrum naturel : 50% pour la série géométrique ionienne, 54% pour les trités lydiennes. COWELL et HYNE ([7] p. 96) donnent également les analyses de 6 autres monnaies d’électrum de l’étalon lydo-milésien : 36%, ~54% (x 3), 64% et 67%. Même dans ces 2 derniers cas, proches de l’électrum naturel, la présence de cuivre (3% et 2%) atteste du caractère artificiel de l’alliage.

Il faut donc admettre qu’à l’époque :

- soit on n’avait pas de moyen technique de contrôler la composition de l’électrum monnayé (ni naturel, par voie de conséquence),
- soit la seule autorité de l’émetteur le faisait admettre comme équivalent en valeur intrinsèque à l’électrum naturel, dans la zone géographique où il avait cours,
- voire les deux…

Ceci nous amène à introduire une nouvelle hypothèse quant à l’élaboration de l’électrum monnayé : si l’émetteur n’avait aucun moyen technique de contrôler la composition de l’approvisionnement en électrum naturel dont il disposait, il pouvait être amené à l’allier à de l’argent dans une proportion réputée « statistiquement » (voire légalement) admissible. Il obtenait ainsi un alliage artificiel, de composition homogène et inférieure à celle de l’électrum naturel, mais indéterminée quant aux proportions or/argent. On peut même supposer que pour certaines émissions, de l’or pur ait été utilisé comme métal de base de l’alliage.

A titre d’illustration, un ajout de 50% d’argent dans le métal de base conduirait à un alliage artificiel titrant en or à :
- 40 % avec l’électrum naturel titrant à 60%,
- 53% s’il titre à 80%,
- 67% si l’argent est mélangé à de l’or pur,

soit sensiblement l’éventail des teneurs issues des analyses de COWEL et HYNE.

Cette hypothèse apporte une explication à la grande variabilité des compositions d’électrum monnayé, dans une fourchette du même ordre de grandeur que l’écart entre l’électrum naturel à bas titre et l’or pur.

POIDS

La série correspond à l’étalon de poids lydo-milésien, d'après l’ensemble des données qu’il nous fut possible de rassembler sur la base de nos exemplaires et de ceux vendus par des marchands américains et allemands, et quelques autres publiés (collections ZHUYUETANG, ROSEN et KAYHAN, en particulier).

Si l’on retire de l’échantillon les valeurs atypiques de certains trités (4,53g et 4,56g), hectés (2,4g et 2,35g) et hémihecta (1,26g x 2 et 1,09g), on obtient une très remarquable constance des poids pour 90% de la population, avec des variations autour de la valeur médiane n’excédant pas 1% (trités et hectés), 2% (hémihecta) ou 3% (quarts d’hecté).
Cette remarquable précision rejoint très précisément l’observation de BOLIN, dont les 50 trités (82% de son échantillon) présentaient une variabilité de moins de 1% en poids autour de leur valeur moyenne (+ ou – 0,045 g pour une moyenne de 4,68 g) !

Il est intéressant de comparer les poids de cette série géométrique à celles des séries « au lion couché à droite » (Milet - [6] # 440 à 451) et « Phanes » (Ephèse – BMC Ionia pg 47).
On a pu y noter que les dispersions de poids autour des valeurs moyennes sont tout à fait comparables, et relèvent d’une maîtrise de la réalisation des flans que l’on n’observe pas dans les émissions ioniennes les plus archaiques. Elles sont tout à fait cohérentes avec les mesures de BOLIN (cf supra), réalisées sur les trités lydiennes.

La métrologie de ces 3 séries constitue – en valeurs moyennes – un système presque parfait de division entre les différentes dénominations, sur la base d’un statère pesant près de 14 g.

2 – LA SERIE ABEILLE ARCHAIQUE :

STYLE

Trouvée à une douzaine d’exemplaires dans le trésor (pour au moins 2 dénominations), et inconnue jusqu’alors, cette série présente au droit une figuration stylisée.

Deux interprétations ont été avancées :

- « stylised ear of barley ? » ( épi d’orge stylisé ) selon CNG (TRITON III lot 523), reprise dans SNG KAIHAN ( # 704 - même exemplaire)
- abeille stylisée ( FORUM ANCIENT COIN, ELO GALLERY, Jonathan KERN )

Les deux interprétations sont émises en référence à des thèmes figuratifs des émissions ultérieures du Metaponte (épi d’orge) ou d’Ephèse (abeille), et la seconde suppose que l’on tourne la pièce de 180° par rapport à la première.

Trois détails, qui se retrouvent sur les 6 exemplaires qu’il nous fut possible d’observer, militent pour l’abeille :

- on distingue deux protubérances, au centre et à l’une des extrémités de la figure, qui peuvent être interprétées comme le torse et l’abdomen de l’insecte ; a contrario, on ne voit pas ce qu’elles représenteraient pour un épi d’orge ;

- à l’autre extrémité, deux points en relief, et la ligne courbe qui les relie, peuvent figurer les yeux et la tête de l’insecte.

- de fines lignes partent du « torse » en sens inverse des lignes principales. Si ces dernières représentent les ailes de l’insecte, les traits fins peuvent figurer ses pattes. Là aussi, elles n’auraient aucune signification sur un épi d’orge.

Enfin, le revers est constitué d’une élégante représentation en creux d’une fleur à 4 pétales.

En conséquence, nous adoptons l’interprétation de l’insecte volant, et plus particulièrement de l’abeille, en référence aux motifs ultérieurs des émissions d’Ephèse.

Ainsi, cette représentation de l’abeille d’Ephèse pourrait être considérée comme l’une des plus archaïques observées sur une monnaie.

POIDS

Les poids indiqués sont les suivants :

Trité (SNG KAIHAN # 704) : 4,64 g

Hémihecta :

SNG KAIHAN # 705 : 1,15 g
FORUM ANCIENT COINS (forumancientcoins.com) # 3410 : 1,15 g
ELO GALLERY (EdgarOwen.com) # 3802 : 1,16 g
J. KERN : 1,16 g , dont un peu de terre dans les creux du revers

On retrouve très précisément les valeurs moyennes de poids des 3 autres séries.


METAL

Les analyses métallurgiques réalisées indiquent un titrage en or (52%) légèrement supérieur au titre moyen de la série « géométrique ». Il convient toutefois de noter que :

- certains exemplaires de la série « géométrique » présentent un titrage identique ;

- le faible nombre d’exemplaires de la série « abeille archaïque » ne permet pas d’établir une valeur moyenne.

C’est pourquoi nous conclurons à une qualité d’électrum tout à fait similaire entre les deux séries.


3 –  DATATION :

La datation de l’enfouissement d’un trésor, et des émissions qui y sont présentes, est très délicate en l’absence de repères contextuels : nature et style du contenant, lieu et niveau d’enfouissement, …
En l’absence de telles informations, nous ne pouvons que conjecturer sur les émissions des séries géométrique et abeille archaïque.

Le terminus ante quem (date limite) des émissions de monnaies d’électrum est aujourd’hui évalué à 560-550 av. JC. ([7] p. 65). Il fut établi à partir de la découverte par D. J . HOGARTH, en 1904, lors de fouilles de la « base centrale » de l’Artémision (temple d’Artémis à Ephèse), de 24 monnaies d’électrum, 4 lingots d’argent et d’un vase en terre cuite contenant 19 monnaies d’électrum ([7] p. 59).

G. LE RIDER considère que « l’espace d’une génération paraît être une évaluation maximale » entre les premières émissions de monnaies d’électrum (sans type au droit), et la date d’enfouissement des monnaies du temple d’Ephèse.

Dans cette hypothèse, ces premières monnaies remonteraient à environ 600, et nos séries géométrique et abeille archaïque probablement autour de 580.

Ainsi, les datations couramment avancées dans les ventes de monnaies archaïques d’électrum (650-600) peuvent être considérées comme un peu hautes.

Enfin, les similitudes en matière de qualité stylistique, de précision métrologique, et de nombre de dénominations nous conduisent à considérer qu’elles sont sensiblement contemporaines des séries lion couché à droite de Milet et Phanes d’Ephèse.


REFERENCES :

[1] courriel de Robert KOKOTAILO (ABDERA NUMISMATICS) du 27/10/2004

[2] Vente ROSEN, Münzen und Medaillen, Basel, auction 72, 6 octobre 1987,  lots 12 (trité citée comme la seconde connue) et 42 (1/24 ème de statère, ou obole, citée comme unique)

[3] Eric Mc FADDEN, avec l’assistance du Dr. Lawrence Adams, présentant une étude de 39 exemplaires de la série « géométrique » ( 15 trités, 9 hectés, 9 hémihectés, 6 oboles) aimablement prêtés par le Classical Numismatic Group

[4] Fax de Jonathan KERN, indiquant les quantités découvertes en sus des exemplaires examinés par Mc FADDEN

[5] Hélène NICOLET-PIERRE, directrice honoraire du Cabinet des Médailles de la BNF : Numismatique grecque, Ed. ARMAND COLIN, 2002.

[6] Sylloge Nummorum Graecorum, Turkey 1, the Muharrem KAYHAN Collection (AUSONIUS publications, 2002)

[7] Georges LE RIDER, membre de l’Institut : La naissance de la monnaie. Pratiques monétaires de l’Orient ancien PUF 04/2001

[8] Sylloge Nummorum Graecorum, Deutschland, Sammlung V. Aulock, collection of greek coins from Asia Minor

[9] Andrew MEADOWS et Richard W.C. KAN, History re-stored, ancient greek coins from the zhuyuetang collection, Ed ZHUYUETANG limited, Hong-Kong, 2004

[10] David R. SEAR, greek coins and their value, vol. 2, Ed THE BATH PRESS, 1979


Dernière édition par Zafeu le Mer 22 Jan - 13:26, édité 1 fois
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alexandre323
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeVen 17 Jan - 20:45

Merci beaucoup pour cette belle, et bonne, synthèse. C'est un monnayage difficile à appréhender et tu as très bien présenté ces types particuliers. Visiblement tu as aussi fait d'importantes recherches et ne t'ai pas limité à un simple résumé des travaux existants.
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeSam 18 Jan - 11:11

alexandre323 a écrit:
Merci beaucoup pour cette belle, et bonne, synthèse. C'est un monnayage difficile à appréhender et tu as très bien présenté ces types particuliers. Visiblement tu as aussi fait d'importantes recherches et ne t'ai pas limité à un simple résumé des travaux existants.

Merci. Ce proto monnayage m'a passionné à l'époque, c'est pourquoi j'avais mis la main sur tout ce qui se présentait en vente à ce moment-là dans les ventes sur offre réputées telles SNG ou chez quelques marchands sérieux comme Forum Ancient Coins. Je le trouve beaucoup plus intéressant que les proto monnaies "lisses"... Wink
J'avais par ailleurs accès au laboratoire métallurgique d'un grand constructeur aéronautique, ce qui m'a permis de faire faire les analyses que j'ai citées.
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Uzes
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 4:32

Bravo, un sujet pointu mais passionnant que tu rends accessible, même à des Béotiens comme moi.
Je n’ai d’ailleurs pas tout compris. Logiquement, avec une telle variabilité de la teneur en or de l’électrum naturel, on s’attendrait à une grande dispersion des titres sur ce type de monnaies, comme c’est le cas des 7 monnaies (lydiennes?) étudiées par Cowell et Hyne, dont les titres vont de 36 à 67% d’or.

Or les résultats des mesures faites sur tes monnaies et sur les 17 autres du trésor testées par densitométrie (je suppose que ces résultats concordent, car tu renvoies pour l’étude de L. Adams à une annexe de ton article qu’on n’a pas) sont étonnamment proches, la proportion d’or tournant autour de 50%. Tu indiques la même régularité sur les monnaies d’électrum lydiennes. (Numisfrance sera content de savoir que sa trité d’Alyatte (4,74g !) est sans doute composée de 54% d’or)

http://www.forumfw.com/t8705-numisfrance-remonte-a-l-origine-de-la-monnaie

Comment l’expliquer? Faut-il imaginer (au moins) deux techniques différentes de préparation de l’électrum monnayé?



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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 15:33

Uzes a écrit:

Comment l’expliquer? Faut-il imaginer (au moins) deux techniques différentes de préparation de l’électrum monnayé?

L'hypothèse à laquelle je me rallie est que ces gens avaient le moyen de séparer l'or de l'argent, et que l'electrum monétaire était artificiel, composé a posteriori selon des proportion admises par tous: ainsi, le trite ou l'hecte d'electrum de telle émission était comparable à telle autre, ce qui permettait des transactions en confiance (ces transactions portaient sur le commerce de gros, vu la valeur de ces monnaies à l'époque).
D'ailleurs, c'est indiqué dans l'article dont Numisfrance met le lien dans son post:

"Perhaps the most intriguing debate deals with why the Lydians minted these early coins in electrum, an alloy of gold and silver. Many sources erroneously refer to these coins as being made of naturally occurring electrum. According to those who have done the metallurgical analyses, these coins have a higher content of both silver and copper than naturally occurring electrum from the area. Western Anatolian electrum, then as now, has a gold content of 70 to 90 percent,[45]while these coins have a gold content of 50 to 60 percent, with most of those that have been analyzed consisting of around 54 percent gold.[46]This indicates that the Lydians added these metals to electrum. Silver was less expensive, as was copper, and it was likely that the small amount of copper that was added was done so to improve the coins' color and hardness. Though some scholars disagree, the evidence, though not conclusive, suggests that the Lydians already possessed the technology to refine pure gold and silver and that if they wanted they could have produced pure gold coins, as they did shortly later during the rule of Kroisos (Croesus)."
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alexandre323
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 16:17

Il faudrait peut-être en parallèle se pencher sur l'orfèvrerie de la même époque. Je présume que des comparaisons sur els alliages permettrait de conclure, ou pas, qu'ils savaient déjà séparer les métaux (thèse à laquelle je me rallie). Les Egyptiens savaient déjà créer plusieurs types d'or prés de 2000 ans avant (or rouge, or blanc, or jaune).
Ce qui m'interpelle le plus, en fait, est la précision des pesages et des frappes surtout sur de si petits modules.
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BRUTUS
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 17:12

En effet, la réalisation des flans, et la frappe manuelle des plus petits divisionnaires relèvent de l'exploit....!!! hein69 forum55

La cadence de frappe et la rentabilité de ces frappes, ne pouvaient être compensées que par la valeur importante du métal précieux... (quand à la frappe en réel, il fallait des petites mains, et des yeux d'aigle... tire langue Pour la régularité de masse des flans les plus petits, cela reste un peu mistérieux, Genio à déjà évoqué les "granules" métalliques parfois retrouvés, c'est peu être là la solution, en dehors de toute pesée /ajustage unitaire, impossible à réaliser ...??? )

En dehors des toutes premieres monnaies d'electrum qui n'avaient alors pas d'équivalent, dès que plusieurs entités frappèrent chacune de leurs côtés des monnaies dans cet alliage, et vu le but final de la monnaie, qui est de concentrer la valeur et de favoriser les échanges commerciaux en dehors du troc, avec en plus l'existence de monnaies d'or épuré avec des ratio de change définis, il devenait logique que le taux d'alliage de l'electrum devait être maîtrisé par les émetteurs, en dehors des alliages natifs, pour pouvoir garantir les échanges rapides et cordiaux.

L'electrum natif à donc assez rapidement du être changé par un alliage artificiel d'aloi maîtrisé et acceptable par tous....

L'exploration totale et  profonde d'Ephèse reste donc un sujet délicat, qui permettra peut être d'avoir des réponses.... Wink arff
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 18:17

C'est la précision des poids qui m'a toujours laissé pantois, et qui participe à l'aspect un peu mystérieux de ces artefacts... Certes, les balances et les poids étalons existaient avant la création de la monnaie, mais arriver à réaliser des "flancs" similaires au centième de gramme près relève de l'exploit technologique ! Il ne s'agissait pas de peser les olives sur le marché... Et pourtant, ça s'est fait, car toutes ces proto-monnaies sont parfaitement authentiques.


Dernière édition par Zafeu le Dim 19 Jan - 19:00, édité 2 fois
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Uzes
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 18:27

Pour revenir sur le titre, je comprends bien que si pour deux séries homogènes (les trités lydiennes et le groupe « géométriques ioniennes ») on retrouve pour chacune un titre quasi identique, il faut alors supposer que l’or et l’argent de l’électrum naturel, dont le titre varie assez fortement, sont d’abord extraits puis refondus dans un alliage de titre constant pour une même série.

Ce qui me chiffonne, c’est l’étude de Cowell qui sur 6 monnaies trouve des proportions or/argent très variables. Portait-elle sur une série homogène ou pas?
Si c’est le cas, on peut penser qu’il s’agit plutôt d’un électrum natif auquel on ajoute un pourcentage fixe d’argent et de cuivre, et qui donne au final des alliages de composition plus aléatoire. Ce serait la deuxième technique qu’évoque d’ailleurs Zafeu mais qui n’est finalement illustrée que par cette étude portant sur quelques monnaies « d’étalon lydo-milésien ».

Il faudrait aussi tenir compte que cette apparente stabilité de l’aloi concerne, dans le cas des ioniennes géométriques étudiées, un même trésor (un même creuset?)
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 19:01

Quant à l'origine de l'abeille, symbole bien connu d'Ephese - que l'on voit en particulier gravé sur ses monnaies ou peint sur les boucliers de ses hoplites - il existe une hypothèse que je trouve bien jolie:
On connaît la fameuses statue d'Artemis qui trônait au sein du temple qui lui était dédié à Ephese, temple réputé comme étant la plus belle des 7 merveilles du monde. Cette statue comporte, sur la poitrine de la déesse, toute une série de protubérances qui ont alimenté les débats quant à leur interprétation.
L'une d'elles, qui me semble très plausible, est celle-ci: lorsque les grecs ont créé la cité d'Ephese, à environ 1500 mètres du lieu d'habitation des autochtones, ils ont trouvé sur place le culte d'une déesse de l'âge de bronze, que l'on attribue aux amazones. Comme d'habitude, ils ont fait en sorte de remplacer le culte local par un culte grec, d'où le choix d'Artemis venant se substituer "en douceur" à la déesse antérieure. C'est ainsi qu'au milieu du 6ème siècle, le sculpteur Endoius a réalisé cette extraordinaire statue. Pourquoi a-t-il figuré ces multiples protubérance sur la poitrine de la déesse, que l'on ne retrouve nulle part sur ses autres statues? L'hypothèse est que l'ancien totem de la divinité locale aurait été progressivement colonisé par des abeilles sauvages, qui réalisent ce genre de mini ruches ovoïdes:
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Ruches11
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Statue10


Ainsi, pour ne pas heurter les croyants autochtones, le sculpteur aurait reproduit des ruches sur la statue d'Artemis.

L'abeille "emblème" viendrait donc de cette colonie d'abeilles sauvages installées sur le totem primitif.
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alexandre323
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeDim 19 Jan - 19:54

L'hypothèse est intéressante mais généralement ces protubérance sont plutôt décrite comme des testicules de taureau ou des seins. A priori l'Artémis d'Ephese est un peu composite dans le sens où elle assimilait certains traits spécifiques à des déesses comme Cybèle. Une forme de syncrétisme dira t'on. Je pense que la divinité tutélaire de la ville était une déesse "indigène" dont les représentations étaient déjà définies et qu'à l'arrivée des Grecs une assimilation fut opérée en respectant la tradition iconographique déjà existante (quitte à la redéfinir).
Il n' y a pas de conclusion définitive quant au pourquoi de l'abeille. On sait que les Grecs y voyaient le symbole du labeur et de l'obéissance. Il est certain aussi qu'elle jouait un rôle dans certaines visions cosmogéniques liées à la transmigration des âmes. Rappelons enfin que sur nombre de représentations de l'Omphalos de Delphes on retrouve, parmi d'autres symboles, des abeilles..
Je n'ai pas jugé inutile de vous présenter un très bel exemplaire toujours plaisant à voir

Étude de deux séries archaïques d'Éphèse _mg_0318
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 3:47

Dernière vente identifiée (s'agissant en fait de la revente d'un trite initialement vendu en 2000 chez Vinchon, peu après la découverte du trésor):

https://www.sixbid.com/en/numismatica-ars-classica-zurich/1514/greek-coins/1359381/b-jdl-collection-part-ii-geek?term&orderCol=lot_number&orderDirection=asc&priceFrom&displayMode=large&auctionSessions=&sidebarIsSticky=false

J'avais acheté les miens 50% moins cher, dix ans auparavant...

Mais certains n'ont pas froid aux yeux quand il s'agit de fixer un prix !!!  hein69

http://www.gold-stater.com/greek-gold-coins.htm

Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Captur16


Chose peu banale, les faussaires ont sévi dès l'émergence de ces proto-monnaies ! Voici un exemple de fourrée:
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Captur15
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BRUTUS
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 9:20

Bonjour,

Le fait que ces monnayages archaïques furent si vite imités par des versons fourées, doit indiquer que les techniques permettant d'obtenir des métaux plaqués or étaient déjà bien maîtrisés antérieurement à l'émission des monnaies , et donc les premiers faussaires étaient certainement des orfèvres qui avaient les connaissances techniques et la pratique permettant de réaliser ce type de faux...

On peut aussi envisager logiquement que les premiers personnels monétaires étaient aussi recrutés parmi les orfèvres, et ne devaient pas travailler à temps complet à cette mission monétaire....

De là à penser qu'ils étaient à minima plus ou moins complices des faussaires.....???
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 13:16

BRUTUS a écrit:

On peut aussi envisager logiquement que les premiers personnels monétaires étaient aussi recrutés parmi les orfèvres, et ne devaient pas travailler à temps complet à cette mission monétaire....

On peut même penser qu'il n'y avait pas à proprement parler d'atelier monétaire à l'époque, et que la réalisation de ces séries, qu'elles soient le fait d'émetteurs privés ou d'autorités locales, était confiée à des orfèvres.

Au sujet du débat quant à savoir si ces proto-monnaies sont des "monnaies" (émises par une autorité administrative, comme le lion de Lydie) ou des "jetons" (émis par des marchands pour des besoins de commerce "international"), voici mon point de vue: la Lydie était un royaume, dirigé par un puissant roi, tandis que la Ionie comprenait 12 cités grecques (Milet, Éphèse, Phocée, Clazomènes, Colophon, Priène, Téos, Chios, Samos, Érythrée, Myonte et Lébédos): leur mode de gouvernance était très différent, et l'on peut imaginer que le pouvoir de monnayage n'était pas encore perçu comme un moyen d'exercice de puissance et propagande politique dans l'esprit des autorités locales de ces cités. En revanche, si les motifs étaient variés, le poids des dénominations était visiblement très strictement respecté. Il y avait donc une convention en vigueur entre les différents émetteurs. Pour conclure, je pense que parler de "jetons" est impropre. Il y a "jeton" quand une émission privée est réalisée parallèlement à une émission d'autorités officielles: je considère qu'en l'absence d'une "monnaie officielle", ces proto-monnaies ioniennes étaient de véritables monnaies, remplissant ce rôle pour les échanges de marchandises de valeur entre commerçants.

Concernant le sujet du métal, n'oublions pas que les scythes entretenaient des relations commerciales fructueuses et actives avec les grecs, faisant en particulier le commerce de l'or extrait de Sibérie et des monts Oural: il n'y avait donc aucune difficulté pour se fournir en or pur et le mêler à de l'argent pour faire des monnaies d'electrum.
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BRUTUS
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 16:23

Tout à fait d'accord...

Les échanges commerciaux dans l'ensemble du bassin méditerranéen étendu, sont attestés depuis le néolithique...

Les difficultés entre les ratios de volumes/valeurs et aussi les difficultés et coûts de transport et retours, dans les cas de trocs amont/aval (les seules vraies voies de transport économiques, étant alors aquatiques amont/aval...) qui étaient la seule option, avant la naissance de la monnaie, ont fait que très peu de temps après les premières émissions, le principe fut globalement admis de tous, tant il facilitait le commerce de longue distance et les échanges asymétriques ...

Les seuls freins potentiels, restaient les différences d'étalons entre les cités et royaumes, et aussi de taux de fin dans les monnaies, et notamment pour l'electrum.

On peut justement constater que très vite, des ratio logiques de concordances entre les diffents métaux et alliages, et les différentes dénominations et divisionnaires (parfois créés uniquement pour faciliter le change entre systèmes d'étalons différents...), furent mis en place pour permettre une meilleure fluidité des changes et donc du commerce.

Tous ces éléments indiquent qu'il existait dès le début une certaine notion de fiduciarisation des monnaies, acceptée par des groupes d'etat/cités, qui acceptaient les espèces dans un cadre de données prédéfinies qualitatives et pondérales ...

On ne peut donc parler de jeton, dont la valeur est limitée et prédefinie uniquement entre un émetteur et un récepteur précis, qui se connaissent par avant et ont établis ce système, un peu comme une lettre de change métallique, mais bien de monnaies au sens moderne ou nous le comprenons, bien que notre système fut depuis longtemps totalement fiduciarisé, et soit en train de sombrer dans une dématérialisation complète....
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BRUTUS
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 16:38

Également d'accord sur les orfèvres, ils ont du créer les monnaies, rapidement les imiter pour ceux qui n'étaient pas impliqués directement, puis ensuite être embauchés à temps plus ou moins plein par les autorités émettrices, pour limiter les risques les plus directs...
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 18:32

Je te rejoins quant à la non pertinence du qualificatif de jetons. Ce qui nous manque, me semble t'il, c'est de pouvoir déterminer s'il existaient des accords commerciaux et une définition quant aux moyens de paiement entre toutes ces cités et ce royaume. Je rappelle que dernièrement est passé en vente un très intéressant petit lingot d'argent marqué du cartouche de Toutankhamon et d'un hiéroglyphe. Bien antérieur à nos émissions d'électrum (environ 1340 avant J.C.), il semble cependant démontrer l'existence de longue date de "pépites" de métal précieux utilisées pour le commerce international et poinçonnés par l'autorité émettrice. On peut même supposer que ces artefacts rarissimes sont à l'origine de la création de nos premières émissions d'électrum car les liens commerciaux avec l'Egypte pharaonique étaient nombreux (rappelons que l'empire des pharaons a parfois atteint la frange extrême proche-orientale). Ce lingot a été retrouvé au Liban actuel donc dans un secteur géographique proche.
Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Lot-5510

Concernant les orfèvres je suis plus réservé. Je vois mal, même dans un premier temps, une autorité royale ou municipale déléguer sans maîtrise les frappes à des artisans indépendants. J'imagine plutôt une organisation en ateliers, ou services, correspondant d'ailleurs mieux au mode d'organisation palatiale de l'époque (atelier des vins, atelier des chars, armes, archives, etc). Ces objets devaient également revêtir une dimension religieuse, je suppose. d'où leur présence dans beaucoup de dépôts de fondations. Leur fabrication ne devait pas être considérée comme anodine ou banale (ce qui sera normal ultérieurement).

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BRUTUS
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 19:02

Très intéressant artefact , à vocation pré-monétiforme...??

Pour les orfèvres, il en va simplement de la maîtrise technique de la tâche à accomplir.... qu'ils étaient les seuls à savoir faire... Wink

Après l'endroit où ils officiaient importe peu, dans leur atelier, sous surveillance de l'autorité pour la durée de l'émission, ou bien dans un bâtiment officiel, toujours de façon temporaire au début, il devint bien sur évident par la suite, avec aussi l'accroissement exponentiel des besoins monétaires, que leur mission devint quasi permanente et leur affectation à 100 % officielle.
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alexandre323
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 19:16

Ce petit lingot (d'environ 40 gr pour quelques cm) était sans doute réservé uniquement au commerce extérieur. On peut certainement parler d'une pré-monnaie dans la mesure où l'autorité émettrice a fait frapper son nom au sein d'un cartouche en forme de broc. C'est une forme hiéroglyphique signifiant «hnm » et qui se retrouve dans l’expression « hnm m hd », signifiant « incrusté dans l’argent ». La forme même de l’objet évoque la forme du hiéroglyphe signifiant lingot.

Tu as sans doute raison pour les "orfèvres" même s'il pouvait ne s'agir que d'artisans qualifiés. Peu importe le qualificatif.
Une autre question qui me titille c'est le mode de transport de ces "pastilles" très faciles à perdre au quotidien. La simple manipulation de l'une d'entre elle peut s'avérer problématique. Je les voit mal transportées dans la bouche du propriétaire. Une bourse ou un tube hermétique serait plus logique ?..
As t'on idée de ce qu'elles représentaient concrètement en terme de pouvoir d'achat ? Equivalence salaire moyen poulet, veau, etc comme pour les drachmes classiques ?
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 19:27

Voici ma petite collection de ces proto-monnaies en provenance du trésor que j'évoque dans mon étude: 4 trite, 2 hecte, 6 hemihecta, 2 quarts d'hecte, et les 2 hemihecta "abeille archaïque". Sans doute la plus grande concentration d'exemplaires de ce trésor à ce jour, après sa dispersion fin des années 90 / début des années 2000.
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 19:40

alexandre323 a écrit:

As t'on idée de ce qu'elles représentaient concrètement en terme de pouvoir d'achat ? Equivalence salaire moyen poulet, veau, etc comme pour les drachmes classiques ?

On sait qu’à Athènes, au début du VIème siècle, un mouton valait une drachme (Plutarque, Solon 23), soit un poids d’argent d’environ 4,3 g. Si l’on retient les rapports de valeur or/argent de 13/1 (et donc electrum/argent d'environ 7/1, sur la base d’une teneur théorique de 50% d’or), on obtient pour le trite un pouvoir d’achat de 7 drachme, soit 7 moutons. Ma collection me permettrait donc d'acheter un troupeau d'une cinquantaine de têtes.
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 20:11

alexandre323 a écrit:

Tu as sans doute raison pour les "orfèvres" même s'il pouvait ne s'agir que d'artisans qualifiés. Peu importe le qualificatif.

Euh... fille Un artisan qualifié du 7 siècle av JC, qui sait enrichir ou allier les métaux, les fondre, les mettre en pré-forme, qui sait graver le métal et transmettre cette gravure par reproduction sur des métaux précieux, avant même que la monnaie ne soit créée, ça s'appelait comment déjà....??? idee idee idee

Spoiler:
 

Zafeu, ce plateau est à tomber à la renverse, pour se taper le cul par terre à l'infini...!!!! wouawbelle Étude de deux séries archaïques d'Éphèse 268821 supermon supermon
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeHier à 22:13



Euh... fille Un artisan qualifié du 7 siècle av JC, qui sait enrichir ou allier les métaux, les fondre, les mettre en pré-forme, qui sait graver le métal et transmettre cette gravure par reproduction sur des métaux précieux, avant même que la monnaie ne soit créée, ça s'appelait comment déjà....??? idee idee idee

Spoiler:
 

Mea culpa Brutus, restons bons amis arff

Ton plateau me rend vert de jalousie Zafeu. hein69 Superbe et très intelligente compilation. Quelle chance tu as eut de tomber dessus. Aujourd'hui ça serait une autre affaire.
Si tu veux l'échanger contre même 300 moutons je suis ton homme (ou des chèvres si tu préfères, je ne te jugerais pas mdr18 )
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Zafeu
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeAujourd'hui à 0:03

alexandre323 a écrit:

(ou des chèvres si tu préfères, je ne te jugerais pas mdr18 )

Heu... J'ai passé l'âge pour les chèvres, Alexandre !!! mdr18
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitimeAujourd'hui à 0:26

Bah 61 ans ce n'est pas non plus la sénilité et les chèvres ont maintes avantages (notamment celui de ne pas nous étourdir par leur conversation et d'être toujours d'accord avec nous Laughing ) sortir

Trêve de plaisanterie, une nouvelle fois je tiens à te féliciter pour cette collection atypique et vraiment intéressante et, surtout, autant pour avoir partagé tes monnaies avec nous que pour ce super post.
Ca donne vraiment envie de se lancer dans les primitives même si, pour ma part, je me limiterais à l'argent.
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MessageSujet: Re: Étude de deux séries archaïques d'Éphèse   Étude de deux séries archaïques d'Éphèse Icon_minitime

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